Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une très belle chanson du poète Léo Ferré ré-entendue ce matin même sur France Inter.

Je l'ai écoutée plusieurs fois, puis ai pris le temps de m'y intéresser en recherchant les paroles, puis leurs signification, jusqu'à tomber par hasard sur une interprétation exceptionnelle du titre enregistrée dans les années 80 et extraite d'une émission consacrée à Léo Ferré "Talent à fleur de peau".

 

Au détour d'un autre clic sur le net, je tombe sur un site qui publie des "dialogues de personnalités qui ont marqué l'histoire". J'y découvre une correspondance entre une certaine Anne Laure, et Léo ferré, au cours duquel l'auteur, compositeur, pianiste et interprète explique le pourquoi de cette chanson...


Poignant du premier au dernier mot; un paragraphe dissocié de l'ensemble du texte ferait perdre tout son sens à cette explication... L'intégralité des mots et des phrases se complètent et s'imbriquent les uns dans les autres.

 

 

La lettre d'Anne Laure

"Cher Léo.


C'est marrant, je t'écris et lorsque je lève la tête, je vois cette célèbre affiche de toi en présence de Jacques Brel et de Georges Brassens: les génies de la chanson française.

Je t'écris à propos d'une célèbre chanson «Avec le temps» que je trouve sublime et chargée d'émotions, comme on n'a pas souvent l'occasion d'entendre. Cependant, je ne suis pas trop d'accord avec toi. Penses-tu réellement que tout s'évanouit au fur et à mesure que le temps passe? C'est assez négatif comme vision des choses!

Je t'embrasse Léo.

Anne-Laure"

 

 

La réponse de Léo Ferré

"Salut Anne-Laure,

Elle me colle aux semelles, cette chanson. À me sortir aussi par les yeux, ma voix épuisée. Vous la trouvez « sublime et chargée d’émotions ». N’allez pas trop loin. Ne me secouez pas, je suis rempli de larmes. Et le mot n’est pas de moi.

Vous savez, je n’ai pas sur cette chanson le même regard. Et puis, ce n’est pas une chanson. C’est l’histoire d’un bout de vie, une chose vécue, mal vécue. Je l’ai écrite en deux heures. En 68 ou en 69, je ne sais plus. Mais avec ces deux heures, il y avait cinquante- trois ans dans les flancs. Ça a fait un tube! Un malentendu. C’était un cœur qui chavirait, qui essayait de se raccrocher. Avec les mots des pauvres gens. Avec les mots de tous les gens. Avec le temps, douloureusement.

Fallait-il des mots? Écoutez ma musique. Trois notes que j’égrène et que je répète. Sans les jouer ensemble. Il n’y a pas d’accord. Normal, avec ce que je raconte. Il n’y avait pas d’accord possible avec cette… Juste des arpèges qui descendent vers le tragique. Ma musique dit où va la chanson. Et la nave va…

Vous trouvez ma vision des choses négative? Je ne sais pas. Négative? Le mot ne va pas. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Dans une première version, je terminais par: « Avec le temps… on n’en peut plus ». Pas mal. Mais ça mettait la chanson de travers. Ce n’était pas une chute, juste une pirouette, une dégringolade. De la poésie en solde. « Avec le temps… on n’aime plus », ça fait la chanson. Ça termine sur une note juste. Sur la note juste, sur la vie en vrai. Mais si ça ne va pas, on peut tout changer. J’ai entendu une version qui se termine par: « Avec le temps… on aime plus », avec plein de « s ». Vous voyez, vous faites ce que vous voulez avec votre temps. Tout s’évanouit ou tout s’incruste. Rayez l’intrus!

Quand je la chantais sur scène, c’était difficile. Souvent, ça ne passait pas. Alors, je grimaçais, je gesticulais. Je la massacrais même. Et puis, en 90, un soir au Déjazet, j’ai eu besoin d’un arrêt sur image. J’avais envie qu’on ne bouge plus derrière cette chanson. J’ai demandé, alors qu’elle terminait le concert, de ne pas applaudir à la fin. Un truc terrible. Le silence qui s’installe avec le temps, bras dessus, bras dessous. Et nous –les spectateurs, moi– le bec dans l’eau, la mort en répétition.

Allez, Anne-Laure, je m’évanouis, je m’évade.
Merci de tes mots.
Nous ne nous verrons plus sur terre.
Je t’embrasse.

Léo"

 

 

Que dire de plus?

Tout est dans le texte...

On n'aime, on n'aime pas; c'est une question de sensibilité...

 

J'ignore si l'explication donnée à ce titre sur ce site internet est la vraie ou non, mais je me plais à avoir envie d'y croire.

 

 

Paroles de "Avec Le temps" - Léo Ferré

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix
Le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit
Avec le temps tout s'évanouit

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Même les plus chouettes souvenirs, ça, t'as une de ces gueules
A la gallerie j'farfouille dans les rayons d'la mort
Le samedi soir quand la tendresse s'en va toute seule

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
L'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l'on se sent floué par les années perdues, alors vraiment
Avec le temps on n'aime plus

 

 

 

 

Comment un coup de coeur vous reste dans la tête toute une journée et peut être aussi les suivantes...

 

Ainsi Léo ferré conclut son interprétation dans cette vidéo d'Avec le temps par quelques paroles entrecoupées de longs instants de silence durant lesquels seul le piano occupe à lui seul tout l'espace:

 

"Avec le temps va... Hé hé...

 [piano]
On n'aime plus...

[piano]
T'as compris? Heureusement qu'il y a le temps hein...
Hein?

[piano]
Si y avait pas le temps bah on s'rait maron hein, on reviendrait

Moi je sonnerai à ta porte

[piano] 
Et voilà...
[piano]
Je viendrai pas sonner moi..."

 

Tag(s) : #Médias - Culture

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :